Petit, petit, petit,
Tout est mini dans notre vie.
Miniature : terme issu du latin miniatulus (« coloré au minium »), désigne à l’origine les enluminures, puis, par extension, une représentation ou un objet de petites dimensions.
Comment faire de la petitesse une expérience plastique qui transforme le regard, la perception et la relation du spectateur à l’œuvre ?
Votre réalisation, bidimensionnelle ou tridimensionnelle, explorera comment une esthétique de la miniature peut se construire en dialogue, voire en tension, avec une pratique plastique jouant sur l’échelle réelle ou la monumentalité, tout en construisant un univers personnel, fictionnel ou poétique.
Elle vous invitera ainsi à repenser les notions de proportion, de présence et de perception, ainsi que les relations entre le détail et l’ensemble, l’objet et son environnement, le proche et le lointain.
Vous réfléchirez également aux conditions de présentation de votre réalisation : comment doit-elle être regardée ? De près ou de loin ? Depuis un point de vue précis ? Le spectateur doit-il se pencher, s’approcher, contourner, entrer dans l’espace de l’œuvre ? Le dispositif de présentation peut-il contribuer lui-même à produire l’effet de miniature ?
Objectifs pédagogiques
Les objectifs de la séquence sont d’amener les élèves à :
- s’emparer d’une pratique plastique en lien avec l’esthétique de la miniature : petite échelle, détail, proportion, espace, point de vue, proximité du spectateur…
- expérimenter les effets produits par les changements d’échelle et les rapports de proportion
- rendre compte d’un univers singulier
- interroger les modalités de présentation et de mise en espace
- prendre en compte le point de vue et la perception du spectateur.
Évaluation
L’évaluation portera sur :
- L’appropriation du sujet de la miniature et des jeux possibles d’échelle et de présentation :
- la capacité à exploiter le changement d’échelle pour produire un effet de surprise, de proximité, d’intimité ou d’étrangeté
- la pertinence des rapports d’échelle établis entre la miniature, les objets ou figures représentées et l’espace environnant
- la manière dont la miniature dialogue avec l’espace réel et invite le spectateur à modifier son point de vue.
- La pratique exploratoire :
- l’expérimentation et la sélection de matériaux, de techniques et de procédés adaptés au travail à petite échelle, documentées dans le carnet de recherche
- l’exploration du rapport entre le détail et la perception de l’ensemble, en exploitant les effets produits par le changement d’échelle
- la capacité à faire évoluer le projet au cours des expérimentations
- l’élaboration d’une composition cohérente et aboutie, mobilisant les relations entre formes, couleurs, matières, objets, supports et espace.
- L’univers personnel :
- la présence d’un imaginaire sensible, pouvant faire émerger une narration implicite
- la capacité à construire un univers singulier à partir d’éléments de petite dimension
- la singularité et la pertinence des choix plastiques.
- La présentation orale ou écrite :
- la capacité à décrire et justifier les choix plastiques en utilisant un vocabulaire adapté
- la capacité à faire le lien avec des références artistiques (par exemple Joseph Cornell, Charles Simonds, Philippe Favier, Gilbert Garcin ou Liliana Porter, toutes proposées dans le sujet).
Échelle descriptive cumulative
| Critères | Maîtrise insuffisante | Maîtrise fragile | Maîtrise satisfaisante | Très bonne maîtrise |
| Appropriation du sujet | Je réduis simplement les dimensions de ma réalisation. | Je présente une miniature, mais j’en exploite peu les enjeux. | J’exploite les possibilités de la miniature au service de mon projet. | Je fais de la miniature un véritable choix artistique au service de mon intention. |
| Recherche plastique et expérimentation dans le carnet | Je réalise peu de recherches ou elles sont peu visibles dans mon carnet. | Mes recherches sont présentes dans mon carnet, mais restent limitées. | Mon carnet témoigne d’expérimentations variées qui nourrissent mon projet. | Mon carnet montre une démarche de recherche riche, inventive et réfléchie qui fait évoluer mon projet. |
| Qualités plastiques de la réalisation | Je propose une réalisation inaboutie ou maladroite. | Je propose une réalisation correcte mais inégale. | Je réalise une production cohérente et je maîtrise mes choix plastiques. | Je crée une production cohérente, maîtrisée et de grande qualité plastique. |
| Univers personnel et dimension poétique | Je me limite à une production descriptive ou illustrative. | Mon intention est perceptible, mais elle reste peu développée. | Je développe un univers personnel identifiable et sensible. | Je réalise une proposition personnelle, évocatrice et porteuse de plusieurs niveaux de lecture. |
| Présentation et verbalisation | J’ai des difficultés à expliquer et à justifier mes choix plastiques. | J’explique partiellement mon projet. | Je présente clairement, avec un vocabulaire adapté et des références pertinentes. | J’analyse ma démarche de manière pertinente en reliant ma pratique, mes intentions et mes références artistiques. |
Références artistiques possibles
1. Miniaturiser pour construire un monde
Raymond GUYONNET (orfèvre actif à Tours à la charnière des 15e et 16e siècles), Nef de Sainte Ursule, 1500, orfèvrerie offerte par la ville de Tours à la reine Anne de Bretagne, cornaline, or, argent, émail translucide, cuivre, 46 × 28 × 16,5 cm, trésor de la Cathédrale de Reims.
→ Un monde condensé dans une nef d’orfèvrerie.

Joseph CORNELL (1903-1972), Untitled (Tilly Losch), 1935-1938, papier découpé, fils dans boitier en carton vitré, 25,4 × 23,5 × 5,4 cm, Royal Academy of Arts, Londres.
→ La boîte comme espace autonome, monde condensé dans un dispositif.

Charles SIMONDS (1945), Dwelling (Logement), 1972, installation, lieu d’habitation pour une civilisation imaginaire, East Houston Street, New York.
→ Des architectures miniatures qui instaurent une fiction dans l’espace réel.


Gaspard MITZ (1981), The Great Escape, 2022, personnages à l’échelle 1:87, coffret en bois blanc et verre musée, 24 × 34 × 6,5 cm, Galerie Bettina, Paris
→ Miniature, récit et dispositif de présentation.

2. Le changement d’échelle comme déplacement du réel
Claes OLDENBURG (1929-2022), Floor Burger, 1962, toile remplie de mousse de caoutchouc et boîtes en carton, peintes avec de la peinture acrylique, 132,1 × 213,4 × 213,4 cm, Collection Galerie d’art de l’Ontario, Toronto.
→ L’inversion d’échelle par laquelle le banal devient monumental.

Ron MUECK (1958), Boy, 1999, sculpture en résine de polyester et fibre de verre recouverte de silicone texturé, 4,5m de haut, 500 kg. Détails anatomiques : le niveau de précision est chirurgical. À sa surface, on distingue nettement les pores de la peau, les follicules pileux, des veines bleutées sous-cutanées, les plis des articulations et même de la saleté sous les ongles.
→ L’échelle comme moyen de produire une présence étrange et disproportionnée.


Tomoaki SUZUKI (1972), sculptures, réalisées entre 1999 et 2014, en bronze peint d’un peu plus de 50 cm de haut, exposition « Tomoaki Suzuki » au CAPC, Musée d’art contemporain, 3 avril – 1er juin 2014.
→ Des figures humaines réduites mais conservant une forte présence corporelle.

Robert THERRIEN (1947-2019), No title (folding table and chairs, green), 2008, installation, métal et tissu peints, table : 243,8 × 304,8 × 304,8 cm ; 4 chaises : 264,1 × 162,6 × 182,9 cm chacune.
→ Le changement d’échelle transforme des objets ordinaires en objets monumentaux ou modifie la relation corporelle du spectateur à l’œuvre.

3. La miniature comme dispositif de regard
Philippe FAVIER (1957), Rêve de groom (Carlton 1970), 1983, acrylique sur papier découpé, 14 × 17 cm. La très petite échelle des éléments figuratifs impose une relation rapprochée au regard et transforme le dessin en objet à observer de près. Chez Favier, le découpage du papier participe également à la construction de l’image : la miniature n’est donc pas seulement une image réduite, mais une œuvre qui reconfigure les conditions physiques et perceptives du regard.
→ Petite échelle, détail et nécessité d’une observation rapprochée.

SLINKACHU (1979), The Stream (Royal Victoria Dock, London), 2014, installation, photographie, exposition personnelle de 2015 Miniaturesque à Galerie Andipa, Londres → la miniature comme dispositif de regard.
→ Miniature installée dans le réel puis photographiée : le changement d’échelle transforme le regard porté sur l’environnement.



Petros CHRISOSTOMOU (1981), Wasted Youth (25 Ashbourne Avenue, Whetstone, London N20 0AL), 2008, C-Print, Galerie Xippas, Paris. L’artiste conçoit et fabrique méticuleusement de petits dioramas ou décors miniatures (souvent des intérieurs architecturaux) en y intégrant des objets du quotidien (ici, des œufs) puis les photographie en très gros plan.
→ Le diorama miniature devient le moyen de produire l’étrangeté de l’image photographique.

Damien CACCIA (1989), Larmes (Tears), 2015–2022, impression sur colle, diamètre 1,5 cm, projet photographique présentant une série d’images miniatures créées avec un téléphone mobile entre 2015 et 2022. Ces images d’archives sont transférées du papier photo sur des gouttes sèches de colle, leur donnant un effet particulier.
→ La très petite dimension contraint le spectateur à s’approcher et transforme l’image photographique en objet à regarder de près.


Jennifer J. LEE (1977), Untitled ((Train), 2023, huile sur toile de jute, 10,4 × 10,4 × 2,5 cm, RISD Museum, Providence, États-Unis.
→ Le très petit format transforme la peinture en objet à regarder de près et modifie la distance de réception de l’image.

4. Le décalage d’échelle comme fiction ou narration
Gilbert GARCIN (1929-2020), Lorsque le vent viendra, 2007, photographie. La miniature peut fabriquer une réalité photographique fictive : l’écart d’échelle devient un moyen de raconter et de métaphoriser.
→ La miniature permet de mettre en scène des situations impossibles ou métaphoriques ; l’écart d’échelle devient un ressort de fiction.


Liliana PORTER (1941), Forced Labor III (Woman Sweeping Blue Sand), 2017, installation de sable bleu et d’une figurine de 5 cm de haut, Galerie Mor Charpentier, Paris
→ Le décalage d’échelle et la disproportion rendent l’action du micro-récit absurde ou impossible.


Michael PEDERSON (1984), Alive, Sydney, Australie, 2018, installation dans les rues de Sydney, photographie de l’installation.
→ Une intervention miniature dans l’espace urbain transforme la lecture du lieu.

Akiko IDA et Pierre JAVELLE, Minimiam, 2022, photographies mettant en scène des figurines de modélisme ferroviaire sur de la nourriture.
→ Mise en scène miniature, décalage d’échelle et fiction photographique.

Ryan GANDER (1976), I’ve felt everything I’m going to feel – The Unspeakable World, 2026, souris animatronique, trou dans un mur, dispositif sonore, 7 minutes, collaboration avec la Lisson Gallery, Art | Basel 2026. Une petite figure animée, une souris, apparaît dans un trou ménagé dans le mur et s’accompagne d’un dispositif sonore. L’échelle réduite du personnage contraste avec celle du lieu d’exposition et conduit le spectateur à s’approcher, observer et imaginer ce qui se déroule hors champ.
→ Le fragment miniature devient le point de départ d’une fiction à imaginer.

5. Reconstituer le réel en miniature

Boîte optique de Samuel VAN HOOGSTRATEN (1627-1678), 1650, env. 58 × 88 × 60 cm, National Gallery, Londres.
→ La miniature comme construction illusionniste d’un espace.
Charles MATTON (1931-2008), Reconstitution de lieux – atelier de Giacometti, 1987, diorama.
→ Le modèle réduit comme reconstruction mémorielle et spatiale.


Thomas DEMAND (1964), Kontrollraum / Control Room (Fukushima), 2011, photographie, C-Print, 200 × 300 cm. À partir d’images documentaires, l’artiste reconstruit minutieusement (à l’échelle 1:1) en papier et en carton les décors représentés, qu’il photographie ensuite en grand format avant de détruire les modèles. L’image photographique, en apparence documentaire, repose ainsi sur une reconstruction entièrement fabriquée du réel, brouillant la frontière entre document, représentation et fiction. https://thomasdemand.net/selected-work/kontrollraum-controlroom
→ La reconstruction « life size » constitue l’étape invisible de fabrication de l’image photographique.
→ Thomas Demand : construire un modèle du réel sans le réduire.

Joshua SMITH, Oakland Docks, 2016, maquette d’une benne réalisée à l’échelle 1:20.
→ Par l’extrême précision de la réalisation, la miniature devient presque un inventaire du réel

Champs des questionnements plasticiens
Domaines de l’investigation et de la mise en œuvre des langages et des pratiques plastiques : outils, moyens, techniques, médiums, matériaux, notions au service d’une création à visée artistique
La représentation, ses langages, moyens plastiques et enjeux artistiques
- Rapport au réel : mimèsis, ressemblance, vraisemblance et valeur expressive de l’écart*
- Représentation et création : reproduction, interprétation, idéalisation, approches contemporaines, apports de technologies…
- Moyens plastiques et registres de représentation : volonté de fidélité ou affirmation de degrés de distance au référent…
La figuration et l’image ; la non-figuration
- Figuration et construction de l’image
- Espaces propres à l’image figurative : le format, l’espace déterminé par des appareils de prise de vue, espaces contenus par l’image elle-même…
Domaines de la présentation des pratiques, des productions plastiques et de la réception du fait artistique : les relations entre l’œuvre, l’espace, l’auteur et le spectateur
La présentation de l’œuvre
- Conditions et modalités de la présentation du travail artistique
- Prise en compte de données intrinsèques et d’éléments extrinsèques à l’œuvre : supports, matériaux, formats, le pérenne, l’éphémère…
- Fonctions des dispositifs traditionnels de la présentation de l’œuvre : modalités du cadre, du socle, de la cimaise confrontées aux dispositifs contemporains de présentation…
- Sollicitation du spectateur
- Accentuation de la perception sensible de l’œuvre : mobilisation des sens, du corps du spectateur…
- Rapport au contexte de présentation et de diffusion : dispositif favorisant l’interaction avec l’œuvre, la participation à sa réalisation…
Photographie mise en avant : Nia, 2012-2013, bronze peint, 54 × 15.5 × 9 cm, vue de l’exposition « Tomoaki Suzuki » au CAPC de Bordeaux
