Mondialisation de la création artistique

La mondialisation transforme profondément les conditions dans lesquelles les artistes créent, produisent, diffusent et présentent leurs œuvres. Les déplacements des artistes, les migrations, les échanges commerciaux, les voyages, les exils, les médias, les réseaux numériques, les expositions internationales ou encore les biennales favorisent la circulation des images, des formes, des techniques, des matériaux et des références culturelles.

Mais la mondialisation de l’art ne signifie pas simplement que les œuvres circulent davantage. Elle modifie aussi les relations entre les cultures et interroge la manière dont les artistes puisent dans des traditions, des territoires et des imaginaires qui peuvent être différents des leurs.

Mondialisation de la création artistique : métissages ou relativité des cultures du monde ?

Cette formulation invite à dépasser une vision simplifiée de la mondialisation comme simple ouverture ou mélange des cultures. La rencontre entre différentes cultures peut produire de nouveaux langages artistiques, des hybridations, des déplacements et des réinventions. Mais elle peut également révéler des rapports de pouvoir, des phénomènes d’appropriation, de domination, d’uniformisation ou de transformation des valeurs culturelles.

Le programme de spécialité en arts plastiques invite les élèves à étudier trois grandes situations :

  1. Créer dans l’itinérance du voyage personnel, d’une carrière artistique, d’un exil
    • Le déplacement de l’artiste n’est pas un phénomène récent. Le voyage peut permettre la découverte d’autres cultures, la rencontre avec de nouveaux territoires et la transformation du regard porté sur le monde. Mais il peut également être imposé par des circonstances politiques, économiques ou historiques : migration, exil, déplacement forcé. Dans ce contexte, plusieurs questions se posent : comment le déplacement transforme-t-il la pratique de l’artiste ? Comment une expérience personnelle devient-elle une œuvre susceptible de circuler à son tour ? Que devient une identité artistique lorsqu’elle se construit entre plusieurs territoires et plusieurs cultures ? Le déplacement produit-il nécessairement une hybridation ?
  2. Relier les dimensions locales et mondiales des ressources, des pratiques, des cultures
    • La mondialisation met également en relation des réalités locales et des problématiques mondiales. Un événement qui se produit dans un territoire précis peut devenir, par l’intervention de l’artiste, une œuvre adressée à un public international. Un matériau local peut être lié à des réseaux économiques mondiaux. Une mémoire particulière peut devenir une question universelle.
      Comment un artiste transforme-t-il une réalité locale en une œuvre capable de témoigner, de circuler et d’agir à l’échelle mondiale ?
      Cette question conduit également à observer les matériaux, les supports, les modes de production, les lieux d’exposition et les dispositifs de diffusion. La mondialisation n’est donc pas seulement un sujet représenté par l’artiste : elle peut être inscrite dans la matérialité même de l’œuvre, dans sa production et dans sa circulation.
  3. Hybridation des cultures dans leur diversité artistique, historique et géographique
    • La rencontre entre les cultures peut produire des formes nouvelles. Elle peut conduire un artiste à emprunter, transformer, associer ou réinterpréter des références provenant de plusieurs traditions. Mais il faut éviter de considérer tout emprunt comme un simple « mélange culturel ».
      Qui emprunte à qui ? Dans quelles circonstances ? Avec quelle intention ? Dans quel contexte historique ? Avec quels rapports de pouvoir ? L’histoire de l’art montre que les circulations culturelles sont anciennes. De nombreuses œuvres témoignent de rencontres, d’emprunts et d’hybridations entre différentes traditions, mais ces rencontres ne sont pas toujours équilibrées : elles peuvent aussi s’inscrire dans des situations de domination, de colonisation, d’échanges asymétriques ou d’appropriation culturelle.


* Image mise en avant : Terracotta Daughters (2012-2030) de Prune NOURRY, exposition au 104 à Paris (mars-juin 2014).

Née en 1985 à Paris, Prune NOURRY vit et travaille entre New York et Paris. Diplômée en 2006 de l’École Boulle en sculpture sur bois, elle est représentée par la Galerie Templon (Paris, Bruxelles) et Simon Studer Art en Suisse.

La terre, sa matière de prédilection, est au cœur de la pratique de Prune Nourry, son point d’ancrage. Elle collabore aussi avec de nombreux artisans qui lui permettent d’explorer d’autres matériaux et de nouvelles techniques. En Chine, par exemple, elle crée une « armée de filles » en terre cuite avec des artisans locaux, les Terracotta Daughters, inspirée des guerriers de Xi’an. Véritable colonne vertébrale de son travail sur près de 20 ans, l’œuvre est exposée autour du monde entre 2013 et 2015, de Shanghai à Paris en passant par Zurich, New York et Mexico, avant d’être ensevelie en Chine dans un lieu tenu secret jusqu’à son excavation en 2030.

https://www.prunenourry.com