Calder. Rêver en équilibre

15.04.2026 – 16.08.2026 . FLV, Paris

La Fondation Louis Vuitton met à l’honneur Alexander Calder (1898–1976), figure majeure et pionnier de la sculpture moderne. Il a introduit le mouvement réel dans la sculpture, donnant vie à des œuvres légères et poétiques en perpétuel équilibre.

Né dans une famille d’artistes, Calder développe dès son plus jeune âge un goût prononcé pour le bricolage et l’expérimentation. Après des études d’ingénierie, il s’installe à Paris en 1926, où il conçoit son emblématique Cirque Calder, un univers miniature animé de fil de fer, de tissu et de matériaux de récupération, qui constitue le véritable laboratoire de ses recherches artistiques.

Ses sculptures en fil de fer, véritables « dessins dans l’espace », puis ses célèbres mobiles – nommés ainsi par Marcel Duchamp – renouvellent profondément la sculpture en associant art, mécanique et hasard du mouvement. Plus tard, ses imposants stabiles investissent l’espace public et affirment une nouvelle manière de dialoguer avec l’architecture et le paysage.

À la croisée de la rigueur scientifique et de l’imagination créatrice, Alexander Calder a fait de la sculpture un art vivant, célébrant le mouvement, l’équilibre et la liberté.

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*Photographie mise en avant, Ugo MULAS, Calder with « Snow Flurry » (1948), 1963, détail recadré du tirage gélatino-argentique, 30,5 × 22,9 cm, Calder Foundation, New York


Scénographie en équilibre

L’exposition propose une immersion chronologique dans l’univers imaginé par Calder. Présentées sous vitrines, accrochées, suspendues ou ancrées au sol, les œuvres dialoguent avec les volumes de l’architecture et invitent le regard à suivre leurs subtils jeux d’équilibre. La scénographie met en lumière une pratique où la sculpture ne se limite plus à une forme figée, mais devient une expérience sensible, évoluant au gré de l’espace, de la lumière et des déplacements du visiteur.


Présentation de la Fondation Louis Vuitton et de l’architecture de Frank Gehry

La Fondation Louis Vuitton, créée à l’initiative du groupe LVMH, a pour mission de soutenir la création artistique, de présenter des expositions internationales et de favoriser les échanges entre les différentes formes d’art. Le bâtiment lui-même est conçu comme une œuvre d’art à part entière, qui dialogue avec les œuvres qu’il accueille.

L’architecte : Frank Gehry (1929)

Né à Toronto (Canada) en 1929 sous le nom de Frank Owen Goldberg, Frank Gehry est un architecte américano-canadien considéré comme l’une des figures majeures de l’architecture contemporaine. Il a enseigné à l’université Yale et son travail est souvent associé au déconstructivisme, un courant architectural qui remet en question les formes géométriques traditionnelles et privilégie les volumes fragmentés, les lignes courbes et les compositions dynamiques.

Pour Gehry, un bâtiment ne doit pas seulement être fonctionnel : il peut aussi provoquer une émotion, surprendre et devenir une véritable sculpture monumentale.

Ses bâtiments sont immédiatement reconnaissables grâce à :

  • leurs formes courbes et asymétriques ;
  • l’impression de mouvement permanent ;
  • le jeu des reflets et de la transparence ;
  • l’utilisation de matériaux comme le verre, le métal, le bois et le béton.

Plutôt que de rechercher la symétrie ou la stabilité, Gehry donne parfois l’impression que ses constructions sont en équilibre, comme si elles étaient animées par le vent.

Parmi ses réalisations les plus célèbres figurent le Musée Guggenheim Bilbao, le Walt Disney Concert Hall, la Maison dansante, le Vitra Design Museum ou encore la Fondation Louis Vuitton.


La Fondation Louis Vuitton (2001-2014)

La Fondation Louis Vuitton a été construite entre 2001 et 2014 à l’entrée du bois de Boulogne, à Paris.

Frank Gehry décrit son projet comme un iceberg enveloppé de voiles de verre. Cette image permet de comprendre l’organisation générale du bâtiment.

L’édifice est constitué de deux éléments principaux :

  • un volume central blanc, appelé l’iceberg, qui regroupe les salles d’exposition ;
  • douze immenses voiles de verre qui semblent flotter autour de lui comme les voiles d’un navire.

Dès l’arrivée, le visiteur découvre un vaste bassin d’eau qui reflète le bâtiment et le ciel. Les surfaces vitrées multiplient les jeux de lumière, les reflets et les transparences. Selon l’heure de la journée ou la météo, la Fondation semble changer d’apparence.

Aucune façade n’est identique. Les lignes droites sont rares ; tout semble onduler, se plier ou se déformer.


Une architecture proche de la sculpture

Pour un étudiant en arts plastiques, la Fondation peut être observée comme une sculpture monumentale.

Les volumes ne sont pas organisés selon une logique classique de façade et de toiture. Ils semblent plutôt s’assembler comme des fragments en mouvement.

Cette approche rappelle certains principes du Cubisme :

  • multiplication des points de vue ;
  • fragmentation des volumes ;
  • refus d’une forme unique et stable.

Le bâtiment peut être parcouru comme une œuvre que l’on découvre progressivement. À chaque déplacement, les formes changent, les transparences apparaissent ou disparaissent et le paysage devient partie intégrante de l’expérience.


Le dialogue entre architecture et paysage

La Fondation est installée au bord du bois de Boulogne. Gehry ne cherche pas à imposer un objet isolé, mais à créer un dialogue avec son environnement.

Les terrasses, les jardins suspendus et les bassins prolongent le paysage jusque sur le bâtiment.

La végétation est omniprésente :

  • fougères sous certaines verrières ;
  • érables et cerisiers ;
  • plantes aux larges feuilles ;
  • vues sur les chênes du bois de Boulogne.

Les limites entre intérieur et extérieur deviennent parfois difficiles à percevoir. Le verre laisse entrer la lumière tandis que les terrasses offrent de nombreux points de vue sur Paris.


La lumière comme matériau

Comme un peintre travaille la couleur ou un sculpteur travaille la matière, Frank Gehry utilise la lumière comme un véritable matériau.

Les immenses voiles de verre filtrent la lumière naturelle et créent des variations permanentes selon :

  • l’heure de la journée ;
  • les saisons ;
  • les conditions météorologiques.

Le bâtiment paraît ainsi vivant, jamais tout à fait identique.


Les références artistiques

La Fondation fait référence à plusieurs univers.

Les serres du 19ᵉ siècle

Gehry s’inspire des grandes serres parisiennes réalisées en verre et en métal, comme celles du Jardin des Plantes ou le Grand Palais. Ces architectures légères permettaient de couvrir de vastes espaces tout en laissant entrer la lumière.

Le monde maritime

Navigateur passionné, Gehry reprend la silhouette des grands voiliers de l’America’s Cup. Les immenses verrières évoquent des voiles gonflées par le vent, bien qu’elles soient réalisées en verre.


Quelques éléments de lecture pour les arts plastiques

La Fondation Louis Vuitton peut être analysée à travers plusieurs notions importantes en arts plastiques :

  • La forme : volumes fragmentés, courbes, torsions.
  • Le mouvement : impression d’une architecture en transformation permanente.
  • La lumière : transparence, reflets, ombres et variations.
  • L’espace : circulation du visiteur, succession des points de vue.
  • La matière : dialogue entre verre, bois, acier, béton, eau et végétation.
  • Le paysage : le bâtiment ne s’isole pas de son environnement mais le prolonge.
  • L’œuvre totale : architecture, sculpture, paysage et lumière se mêlent pour créer une expérience artistique.

En quoi une construction peut-elle impliquer le spectateur dans une expérience sensible ? Dans quelle mesure une construction architecturale interagit-elle avec son espace ?

Conclusion

La Fondation Louis Vuitton illustre une idée essentielle de l’art contemporain : l’architecture peut dépasser sa seule fonction utilitaire pour devenir une œuvre d’art à part entière. Chez Frank Gehry, le bâtiment n’est pas seulement un contenant destiné à accueillir des œuvres ; il participe lui-même à l’expérience esthétique du visiteur. En jouant avec les formes, la lumière, les matériaux et le paysage, il invite chacun à porter un regard nouveau sur l’espace qui l’entoure. Pour des étudiants en arts plastiques, cette architecture constitue ainsi un excellent exemple de dialogue entre sculpture, installation, environnement et création contemporaine.